Est-ce que la migraine est une maladie chronique ?

La question revient souvent chez mes patients migraineux : leur pathologie mérite-t-elle vraiment le mot chronique, ou ce terme est-il réservé aux formes les plus sévères. La réponse est oui pour la migraine en général, et ce même mot recouvre une réalité médicale bien plus précise quand on parle spécifiquement de migraine chronique. Voici comment distinguer les deux, et surtout comment agir selon votre situation.

Oui la migraine est une maladie chronique reconnue

L’Inserm classe la migraine parmi les maladies chroniques neurologiques. Elle se manifeste par des crises récurrentes de céphalées, sur des années voire toute une vie, sans traitement curatif définitif à ce jour. Elle touche environ 15 % de la population mondiale, avec une nette prédominance féminine.

L’Organisation mondiale de la santé classe la migraine parmi les vingt maladies ayant le plus fort impact sociétal, et elle grimpe à la neuvième place si l’on ne considère que les femmes.

Chronique ne signifie pas souffrance permanente. Entre deux crises, la grande majorité des migraineux retrouvent un état totalement normal, sans aucun symptôme. C’est cette rémission complète qui distingue la migraine de nombreuses autres maladies chroniques où la gêne reste constante au quotidien.

Au comptoir, une patiente m’a un jour demandé si elle devait vivre avec sa migraine pour toujours, comme avec un diabète. La réponse est oui pour la maladie de fond, mais non pour l’intensité du vécu quotidien. La plupart des migraineux traversent de longues périodes sans aucune gêne.

Migraine chronique un terme médical précis à ne pas confondre

C’est ici que se joue la vraie confusion présente dans la majorité des contenus sur le sujet. Le terme migraine chronique désigne une forme clinique bien définie, pas simplement le fait d’être migraineux depuis longtemps.

La définition retenue par les neurologues

Selon les critères de l’International Classification of Headache Disorders, on parle de migraine chronique quand le patient présente des céphalées au moins 15 jours par mois, dont au moins 8 jours répondant aux critères de la migraine, depuis au moins 3 mois. Cette forme ne concerne que 1 à 2 % de la population générale, contre environ 15 % pour la migraine au sens large.

CritèreMigraine épisodiqueMigraine chronique
Fréquence des céphaléesMoins de 15 jours par mois15 jours par mois ou plus
Jours avec critères migraineuxVariable selon les crisesAu moins 8 jours par mois
Durée d’évolution requiseNon applicableDepuis au moins 3 mois
Part de la populationEnviron 13 à 14 %1 à 2 %
Impact sur la vie quotidiennePonctuel, lié aux crisesQuasi permanent

Comment une migraine épisodique évolue vers une forme chronique

Le passage d’une migraine épisodique à une migraine chronique n’est pas une fatalité. Il répond à des facteurs identifiés que l’on peut surveiller et limiter.

Le principal facteur évitable est la céphalée par abus médicamenteux. Elle survient quand un traitement de crise est pris trop souvent : 10 jours par mois ou plus pour les triptans, l’ergotamine, les opioïdes ou les antalgiques combinés, et 15 jours par mois ou plus pour un antalgique simple comme le paracétamol ou un anti inflammatoire, pendant plus de 3 mois consécutifs.

D’autres facteurs favorisent la chronicisation : le surpoids, un sommeil de mauvaise qualité, l’anxiété, la dépression, ainsi qu’une consommation élevée de caféine.

Idée reçue à corriger : prendre son triptan par précaution, dès les premiers signes annonciateurs et même en dehors d’une vraie crise, ne protège pas d’une migraine plus sévère. C’est au contraire l’un des mécanismes les plus documentés de passage vers la chronicité. Au comptoir, c’est la question que je pose systématiquement : combien de boîtes de triptans consommées dans le mois.

Migraine et affection de longue durée ce que couvre réellement l’Assurance Maladie

Autre confusion fréquente : la migraine, même chronique, ne figure pas dans la liste des 30 affections de longue durée ouvrant droit automatiquement à une prise en charge à 100 %. Elle n’ouvre donc pas ce statut de façon systématique.

Dans les formes sévères et invalidantes, une demande d’ALD hors liste, dite ALD 31, reste possible. C’est le médecin traitant qui l’initie, via un protocole de soins transmis au médecin conseil de l’Assurance Maladie, qui évalue la gravité et le coût prévisible du traitement au cas par cas.

En pratique, une personne migraineuse chronique dont l’activité professionnelle est fortement affectée a intérêt à documenter précisément ses crises, avec un agenda, des arrêts de travail et les échecs de traitement, pour appuyer une éventuelle demande auprès de son médecin.

Quand consulter en urgence sans attendre

Certains signes ne doivent jamais être mis sur le compte d’une migraine habituelle, même chez une personne migraineuse de longue date.

Consultez sans délai un médecin ou appelez le 15 face à un mal de tête d’apparition brutale et intense en quelques secondes, une fièvre associée à une raideur de nuque, un premier épisode sévère après 50 ans, une faiblesse ou un engourdissement d’un côté du corps, des troubles de la parole ou de la vision qui persistent, un mal de tête survenant après un traumatisme crânien, ou une céphalée pendant la grossesse ou juste après l’accouchement.

Ces signaux orientent vers une cause qui n’a rien à voir avec la migraine, et qui nécessite une prise en charge immédiate.

Le geste à poser selon votre situation

Si vos crises restent occasionnelles et bien soulagées par votre traitement habituel, aucune inquiétude particulière. Votre migraine reste une maladie chronique au sens large, parfaitement compatible avec une vie normale entre les crises.

Si vous comptez plus de 15 jours de céphalées par mois, ou plus de 8 à 10 prises de traitement de crise mensuelles, tenez un agenda des migraines pendant quelques semaines et prenez rendez-vous avec votre médecin traitant ou un neurologue. C’est le seul moyen d’objectiver un passage vers la forme chronique et d’ajuster le traitement de fond avant que la situation ne s’installe durablement.

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koes.buisness@gmail.com
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