Causes de l’apnée du sommeil : quand consulter

L’apnée du sommeil touche entre 4 et 10 % des adultes en France, mais beaucoup l’ignorent encore. Ronflements bruyants, pauses respiratoires observées par le conjoint, fatigue qui ne passe pas au réveil : ces signaux ont presque toujours une cause identifiable. Voici ce qui provoque réellement une apnée du sommeil, ce qui l’aggrave au quotidien, et à partir de quand une consultation s’impose.

Apnée obstructive ou apnée centrale, deux mécanismes différents

Le terme apnée du sommeil recouvre en réalité deux maladies qui n’ont pas la même origine.

Ce qui se passe dans la gorge pendant le sommeil

Dans la grande majorité des cas, il s’agit du syndrome d’apnées hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS). Pendant le sommeil, les muscles qui soutiennent la langue et le voile du palais se relâchent. Chez certaines personnes, ce relâchement suffit à obstruer partiellement ou totalement le passage de l’air dans le pharynx.

Le cerveau détecte la baisse d’oxygène et déclenche un micro réveil pour rouvrir les voies respiratoires. Ce cycle peut se répéter plusieurs dizaines, parfois plusieurs centaines de fois par nuit, sans que la personne en garde le souvenir au matin. On parle d’apnée à partir de 10 secondes d’arrêt respiratoire, et de syndrome d’apnées du sommeil quand ces pauses surviennent au moins 5 fois par heure de sommeil, un chiffre mesuré par l’indice d’apnées hypopnées (IAH).

L’apnée centrale, plus rare et d’origine neurologique

L’apnée centrale du sommeil ne vient pas d’un blocage physique de la gorge, mais d’un défaut de signal entre le cerveau et les muscles respiratoires. Le centre de la respiration, situé dans le tronc cérébral, n’envoie tout simplement plus l’ordre de respirer pendant quelques secondes.

Cette forme concerne une minorité de patients. Elle est le plus souvent associée à un accident vasculaire cérébral, à une insuffisance cardiaque, à la maladie de Parkinson, ou à la prise de certains traitements opioïdes.

Les causes de l’apnée obstructive, la plus fréquente

Le relâchement des muscles du pharynx

C’est le mécanisme de base commun à tous les patients atteints de SAHOS. Il est naturel et concerne tout le monde pendant le sommeil paradoxal, la phase où le tonus musculaire est le plus bas. Le problème apparaît quand ce relâchement, combiné à d’autres facteurs, suffit à fermer les voies respiratoires.

Les facteurs anatomiques

Certaines morphologies favorisent l’obstruction, indépendamment du poids. Le médecin ORL recherche systématiquement une langue volumineuse, des amygdales hypertrophiées, une luette longue, une mâchoire inférieure en retrait (rétrognathie), ou une obstruction nasale chronique (déviation de la cloison, polypes).

Retour du comptoir : un patient venu chercher un spray décongestionnant m’avait confié ronfler depuis toujours, sans surpoids ni consommation d’alcool. L’examen ORL a révélé une cloison nasale très déviée, jamais opérée. Ce n’est pas systématique, mais cela rappelle qu’un ronflement chronique mérite un avis, même chez une personne mince.

Le surpoids, premier facteur de risque modifiable

C’est le facteur le plus documenté. 70 % des personnes atteintes de SAHOS sont en surpoids, et le risque augmente avec l’importance de l’excès de poids. L’accumulation de graisse autour du cou et du pharynx réduit le calibre des voies respiratoires, tandis que celle située autour de l’abdomen limite l’amplitude respiratoire.

Le tour de cou est un indicateur utilisé en clinique : au delà de 43 cm chez l’homme, il est considéré comme un facteur prédictif indépendant, même en l’absence d’obésité généralisée. 30 à 40 % des patients apnéiques ont pourtant un poids parfaitement normal, ce qui rappelle que le surpoids n’explique pas tout.

Ce qui aggrave les apnées au quotidien

Au delà des causes de fond, plusieurs habitudes accentuent la fréquence et la sévérité des apnées, sans en être l’origine première.

L’alcool pris en soirée détend excessivement les muscles de la gorge et allonge la durée des pauses respiratoires. Le tabac entretient une inflammation chronique des voies aériennes supérieures qui favorise leur obstruction. En position sur le dos plutôt que sur le côté, la langue a tendance à basculer vers l’arrière et à réduire davantage le passage de l’air.

Certains médicaments méritent une attention particulière. Les benzodiazépines et les myorelaxants, prescrits contre l’anxiété, l’insomnie ou les douleurs musculaires, relâchent le tonus des muscles pharyngés au même titre que l’alcool. Un patient déjà apnéique qui débute ce type de traitement sans en parler à son médecin peut voir ses symptômes s’aggraver nettement. C’est une question que je pose systématiquement au comptoir quand un patient connu pour ronfler ou somnoler la journée vient chercher ce genre de prescription.

Chez la femme, la ménopause s’accompagne d’une chute des hormones qui protégeaient jusque là le tonus des voies respiratoires. L’apnée du sommeil, plus rare avant cette période, devient alors presque aussi fréquente que chez l’homme.

Qui est le plus exposé au risque

FacteurCe que montrent les données
Sexe masculinApnée environ deux fois plus fréquente chez l’homme avant la ménopause de la partenaire
ÂgeFréquence de l’apnée modérée en hausse, de 28 % chez les 40 à 60 ans à 48 % chez les 60 à 80 ans
Surpoids ou obésité70 % des patients atteints de SAHOS sont en surpoids
Tour de couAu delà de 43 cm chez l’homme, facteur prédictif indépendant
Syndrome métaboliquePlus de 60 % des personnes concernées présentent aussi un SAHOS

Causes plus rares, quand l’apnée n’est pas obstructive

L’apnée centrale mérite d’être évoquée devant certains contextes précis : antécédent d’accident vasculaire cérébral, insuffisance cardiaque connue, maladie de Parkinson, ou traitement au long cours par opioïdes. Une hypothyroïdie mal équilibrée peut également favoriser un syndrome d’apnées, par son effet sur le tonus musculaire et la prise de poids qu’elle entraîne. Ces causes ne se traitent pas de la même façon qu’un SAHOS obstructif classique, d’où l’intérêt d’un diagnostic précis avant tout traitement.

Les signes qui doivent pousser à consulter

Un ronflement isolé, sans autre symptôme, ne justifie pas systématiquement un bilan du sommeil. En revanche, certains signaux associés doivent alerter.

Une somnolence diurne qui gêne la conduite, le travail ou les activités du quotidien. Des pauses respiratoires observées par l’entourage pendant le sommeil. Une fatigue présente dès le réveil, qui ne s’explique pas par un manque d’heures de sommeil. Une hypertension artérielle difficile à équilibrer malgré un traitement bien suivi. Des maux de tête matinaux ou des réveils avec une sensation d’étouffement.

Face à l’un de ces signes, la première étape reste la consultation du médecin traitant, qui orientera si besoin vers un ORL ou un centre du sommeil pour un enregistrement de la respiration nocturne. Ce bilan mesure l’IAH et permet de distinguer un ronflement simple d’un véritable syndrome d’apnées.

Ce que le pharmacien peut faire en attendant la consultation

Aucune mesure d’hygiène de vie ne remplace un diagnostic ni un traitement de référence comme la pression positive continue. Certaines habitudes limitent néanmoins l’aggravation des symptômes en attendant le bilan : dormir sur le côté plutôt que sur le dos, éviter l’alcool dans les heures qui précèdent le coucher, ne pas associer somnifères et alcool, et signaler à son médecin tout traitement sédatif en cours si des ronflements ou une somnolence diurne sont déjà présents.

Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces signes, le bon réflexe est d’en parler à votre médecin traitant ou à votre pharmacien, qui saura vous orienter vers un bilan du sommeil adapté.

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koes.buisness@gmail.com
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