Peut-on mourir de l’apnée du sommeil : ce qu’il faut savoir

Cette question revient souvent au comptoir, posée par un conjoint qui a compté les pauses respiratoires de l’autre pendant la nuit, ou par un patient qui vient de recevoir son diagnostic. La réponse tient en deux temps : non, on ne meurt pas étouffé pendant son sommeil, mais les conséquences à moyen terme, elles, sont bien réelles et méritent d’être prises au sérieux.

Non on ne meurt pas étouffé pendant son sommeil

Rassurons tout de suite ceux qui redoutent une suffocation nocturne. Le corps humain dispose d’un mécanisme de protection qui empêche ce scénario, même en cas d’apnées obstructives répétées.

Le réflexe de micro-réveil qui protège les voies respiratoires

Quand le taux d’oxygène dans le sang baisse trop, le cerveau déclenche un micro-réveil, souvent trop bref pour que la personne en garde le souvenir au matin. Ce réveil provoque une reprise du tonus musculaire des voies aériennes supérieures, la respiration repart, et le cycle recommence. C’est ce mécanisme, répété parfois des dizaines de fois par heure dans les formes sévères, qui explique pourquoi une apnée du sommeil ne se termine pas par une suffocation.

Pourquoi certains titres alarmants sèment la confusion

Des affaires médiatisées ont parfois associé l’apnée du sommeil à un décès soudain, ce qui a nourri l’inquiétude autour du sujet. Dans ces situations, l’apnée figure généralement parmi plusieurs causes associées sur le certificat de décès, aux côtés d’une maladie cardiaque préexistante ou d’autres facteurs, et non comme mécanisme isolé de mort subite pendant le sommeil. C’est une nuance importante : elle déplace le vrai sujet de préoccupation, qui n’est pas la nuit elle-même mais l’usure progressive du système cardiovasculaire.

Le vrai risque est cardiovasculaire et il est documenté

C’est là que se joue l’enjeu réel du syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, ou SAHOS. Non traité, il augmente la mortalité, en particulier d’origine cardiovasculaire, comme le rappelle l’Assurance Maladie.

À court terme des troubles du rythme cardiaque nocturnes

Chaque pause respiratoire prive le cœur d’oxygène et l’oblige à compenser. Cela peut provoquer des troubles du rythme cardiaque pendant la nuit même, comme une arythmie ventriculaire ou une fibrillation auriculaire.

À moyen et long terme hypertension maladie coronaire AVC

Répétée nuit après nuit, cette contrainte use le système cardiovasculaire. Le SAHOS non traité augmente le risque d’hypertension artérielle, de maladie coronaire et d’accident vasculaire cérébral, en particulier dans les formes sévères et lorsque d’autres facteurs de risque s’y ajoutent, comme le surpoids ou le diabète de type 2.

Ce que montre l’étude de référence

Une étude de cohorte publiée dans le journal Sleep a suivi plus de 1500 participants pendant 18 ans. Les chercheurs ont observé que les hommes de 40 à 70 ans souffrant d’une apnée sévère présentaient un risque de mortalité toutes causes confondues environ trois fois supérieur à celui des personnes non atteintes. Ce résultat concerne les formes sévères et non traitées : il ne s’applique pas à un simple ronflement occasionnel.

Apnée sévère non traitée ce que disent les chiffres sur l’espérance de vie

Certains travaux évoquent une réduction d’espérance de vie chez les patients porteurs d’une apnée sévère laissée sans prise en charge. Ces chiffres doivent être lus avec prudence, car ils reflètent des populations non traitées et souvent porteuses d’autres facteurs de risque cardiovasculaire associés, comme l’obésité ou l’hypertension préexistante. Le message essentiel n’est pas le chiffre en lui-même, mais le fait que ce risque devient largement évitable dès qu’un diagnostic est posé et qu’un traitement est suivi.

Tableau comparatif apnée non traitée et apnée traitée par PPC

SituationRisque cardiovasculaireSomnolence diurneEspérance de vie
Apnée sévère non traitéeNettement augmentéMarquée, avec risque d’accidentRéduite selon les études de cohorte
Apnée traitée par PPC ou orthèse et suivieRamené proche de la population généraleNettement diminuéeComparable à une personne sans apnée

La pression positive continue (PPC), lorsqu’elle est portée régulièrement, reste le traitement de référence des formes sévères. Une orthèse d’avancée mandibulaire peut être proposée pour des formes plus légères à modérées, sur avis médical.

Qui est le plus concerné

Le SAHOS touche entre 4 et 7 % de la population adulte en France, une proportion qui grimpe jusqu’à 15 % après 70 ans. Environ 70 % des personnes concernées sont en surpoids, et le risque augmente encore en cas d’obésité.

Signe à surveillerCe qu’il peut indiquer
Ronflements sonores et réguliersObstruction partielle des voies aériennes
Pauses respiratoires observées par l’entourageApnées à faire confirmer par un examen
Fatigue au réveil malgré une nuit complèteSommeil fragmenté par les micro-réveils
Somnolence marquée en journéeSignal à ne pas ignorer, notamment au volant
Maux de tête matinauxBaisse répétée de l’oxygénation nocturne

Le risque qu’on oublie trop souvent la somnolence au volant

La conséquence la plus immédiate d’une apnée non traitée n’est pas toujours cardiaque. La somnolence diurne excessive qu’elle provoque augmente nettement le risque d’endormissement au volant, un danger concret et souvent sous-estimé par les patients eux-mêmes.

Que faire si vous vous reconnaissez dans ces symptômes

Si plusieurs de ces signes vous concernent, la première étape consiste à en parler à votre médecin traitant, qui pourra orienter vers un bilan ORL et, si besoin, vers un examen du sommeil comme la polysomnographie. Ce n’est ni un examen douloureux ni un motif de panique : c’est l’étape qui permet de sortir du doute.

En pharmacie, on nous demande souvent si l’apnée du sommeil va tuer pendant la nuit. La réponse rassure généralement le patient, mais elle s’accompagne toujours d’une recommandation claire : consulter dès que des pauses respiratoires sont observées par l’entourage, surtout en présence d’une somnolence diurne marquée ou d’une hypertension déjà connue.

Un dernier repère à garder en tête : une douleur thoracique intense, un essoufflement brutal ou une faiblesse soudaine d’un côté du corps ne relèvent jamais de l’attente d’un rendez-vous. Ces signes justifient un appel immédiat au 15.

Partagez votre amour
koes.buisness@gmail.com
koes.buisness@gmail.com
Articles: 21

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *