Comment différencier migraine et mal de tête : les signes

Au comptoir, la question revient presque chaque semaine : « c’est une migraine ou juste un mal de tête ? ». La réponse n’a rien d’anodin, car les deux ne se soignent pas de la même façon et n’annoncent pas la même chose. Voici comment faire la part des choses, sans attendre d’être plié en deux pour agir.

Mal de tête, migraine, céphalée : de quoi parle-t-on exactement

En langage médical, tout mal de tête s’appelle une céphalée. C’est un symptôme, pas une maladie, et il peut avoir des dizaines de causes : fatigue, stress, sinusite, déshydratation, mauvaise posture ou encore rebond d’un traitement contre la douleur.

La migraine, elle, est une maladie neurologique à part entière, reconnue par des critères diagnostiques précis. Elle se manifeste par des crises qui se répètent dans le temps, avec des caractéristiques bien identifiables, ce qui la distingue d’un simple mal de tête isolé.

Retenez cette distinction simple : un mal de tête ponctuel n’est pas forcément une migraine, mais toute migraine se traduit forcément par un mal de tête.

Les signes qui orientent vers la migraine

Une douleur pulsatile et le plus souvent unilatérale

La migraine se reconnaît d’abord à la qualité de la douleur. Elle est pulsatile, c’est à dire qu’elle bat au rythme du cœur, et elle touche le plus souvent un seul côté du crâne. Beaucoup de patients la décrivent comme un marteau piqueur localisé derrière un œil ou une tempe.

Les symptômes associés : nausées, photophobie, phonophobie

Une vraie crise migraineuse s’accompagne rarement que d’une douleur. Nausées, parfois vomissements, sensibilité accrue à la lumière (photophobie) et au bruit (phonophobie) font partie du tableau classique. Certains patients décrivent aussi une gêne aux odeurs.

Retour du comptoir : une patiente m’a un jour confié qu’elle savait qu’elle faisait une crise dès que « la lumière du frigo devenait insupportable ». C’est exactement ce type de signal qui doit alerter.

L’aura, un signal avant la crise

Chez environ un tiers des migraineux, la crise est précédée d’une aura : troubles visuels (points lumineux, lignes en zigzag), fourmillements, ou plus rarement troubles du langage. Elle dure généralement moins d’une heure et annonce l’arrivée de la douleur.

Une durée type de 4 à 72 heures

Sans traitement, une crise migraineuse dure classiquement entre 4 et 72 heures. Au delà de trois jours consécutifs, on parle d’état de mal migraineux, qui justifie un avis médical rapide.

Le mal de tête classique : la céphalée de tension

Une douleur diffuse et bilatérale

La céphalée de tension, la plus fréquente de toutes, donne une sensation de pression ou d’étau, souvent décrite comme un bandeau serré autour du crâne. Elle touche les deux côtés de la tête, contrairement à la migraine, et ne s’accompagne ni de nausées ni de vomissements.

Des déclencheurs du quotidien

Stress, manque de sommeil, position prolongée devant un écran, mauvaise posture cervicale ou encore excès de caféine sont les déclencheurs les plus courants. L’intensité reste généralement faible à modérée, et la douleur n’empire pas avec l’activité physique, à l’inverse de la migraine.

Tableau comparatif : migraine ou céphalée de tension

CritèreMigraineCéphalée de tension
LocalisationUn seul côté du crâneLes deux côtés, en bandeau
Type de douleurPulsatile, battantePression, serrement
IntensitéModérée à sévèreFaible à modérée
Durée4 à 72 heuresQuelques heures à quelques jours
Symptômes associésNausées, photophobie, phonophobieAucun signe digestif
Effet de l’activité physiqueAggrave la douleurPeu ou pas d’impact
RetentissementActive souvent impossible à poursuivreGêne mais activité maintenue

Signaux d’alerte : quand consulter sans attendre

Certains maux de tête ne relèvent pas de l’automédication et doivent conduire à consulter un médecin en urgence, quel que soit le moment de la journée :

Une céphalée brutale et d’une intensité inhabituelle, décrite comme un coup de tonnerre, un mal de tête accompagné de fièvre et d’une raideur de la nuque, une première crise sévère après 50 ans, un mal de tête qui suit un traumatisme crânien récent, une céphalée chez une femme enceinte, ou encore un mal de tête associé à des troubles de la vision, de la parole ou de la force d’un côté du corps.

Dans toutes ces situations, appelez le 15 ou rendez vous aux urgences plutôt que d’attendre que la douleur passe.

Le conseil du pharmacien face à une crise

AINS ou paracétamol, que choisir

Pour une crise de migraine d’intensité modérée à sévère chez l’adulte, les autorités de santé recommandent en première intention un anti inflammatoire non stéroïdien (AINS), comme l’ibuprofène à 400 mg en une prise, plutôt que le paracétamol seul, souvent moins efficace sur ce type de douleur. Pour une céphalée de tension classique, le paracétamol reste un bon premier choix.

Le piège de la céphalée par abus médicamenteux

Un traitement de crise pris plus de deux à trois jours par semaine, ou plus de dix jours par mois de façon répétée, peut entretenir les maux de tête au lieu de les soulager. On parle alors de céphalée par abus médicamenteux. C’est un point que je vérifie systématiquement en officine avec les patients qui reviennent chercher leur boîte d’antalgiques trop souvent.

Quand un traitement de fond s’impose

Si les crises migraineuses dépassent trois à quatre par mois, ou qu’elles deviennent handicapantes malgré un traitement de crise bien pris, un traitement de fond peut être envisagé avec votre médecin. Il ne se décide jamais seul, et nécessite un suivi régulier.

Foire aux questions

Peut-on avoir une migraine sans mal de tête ? Oui, il existe des migraines dites sans céphalée, où seule l’aura est présente. Elles restent rares et méritent d’être confirmées par un médecin.

La migraine est-elle héréditaire ? Un terrain familial est retrouvé chez une large majorité des migraineux, sans qu’un seul gène ne soit en cause. Avoir un parent migraineux augmente le risque, sans le rendre systématique.

Faut-il consulter dès la première crise ? Pas nécessairement si la crise correspond au tableau classique de la migraine et cède au traitement habituel. En revanche, toute première crise sévère, inhabituelle ou accompagnée d’un signal d’alerte justifie un avis médical rapide.

Si vos maux de tête restent occasionnels et cèdent facilement, surveillez simplement leur fréquence. S’ils se répètent, s’intensifient ou ressemblent au tableau décrit ici pour la migraine, parlez en à votre pharmacien avant d’ajuster vous même votre traitement, et consultez sans attendre au moindre signal d’alerte.

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koes.buisness@gmail.com
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