Avoir une migraine de temps en temps fait partie de la vie de nombreuses personnes. Avoir des migraines tous les jours n’a rien d’anodin et ne doit jamais être considéré comme une simple fatalité. Derrière cette répétition se cachent le plus souvent une cause précise et des solutions concrètes. Voici comment comprendre ce qui se joue et surtout ce qu’il faut faire.
Avoir une vraie migraine tous les jours n’est pas si fréquent
L’idée reçue veut qu’une migraine quotidienne soit simplement une migraine « plus fréquente que la moyenne ». Ce que confirment les autorités de santé est différent : une véritable crise migraineuse tous les jours est rare, et quand des céphalées reviennent chaque jour, il s’agit le plus souvent d’un autre mécanisme qui s’est installé par dessus la migraine initiale.
Ce que dit la définition médicale
La migraine chronique répond à des critères précis fixés par la classification ICHD 3 et suivis par la Haute Autorité de Santé. On parle de migraine chronique à partir de 15 jours de céphalées par mois, pendant plus de 3 mois consécutifs, dont au moins 8 jours répondant aux critères de la migraine. En dessous de ce seuil, on reste dans le cadre d’une migraine épisodique, même si les crises sont rapprochées.
Migraine chronique céphalée de tension et abus médicamenteux ne pas confondre
Trois situations se ressemblent au quotidien mais ne se traitent pas de la même façon.
| Type de céphalée | Fréquence typique | Caractéristiques | Cause principale |
|---|---|---|---|
| Migraine chronique | 15 jours ou plus par mois, dont 8 migraines | Douleur pulsatile, souvent unilatérale, nausées possibles | Terrain migraineux évolutif |
| Céphalée de tension chronique | Quasi quotidienne | Douleur diffuse en étau, moins intense, pas de nausée marquée | Tension musculaire, stress, posture |
| Céphalée par abus médicamenteux | Quotidienne ou presque | Douleur qui revient dès que l’effet de l’antalgique s’estompe | Prise trop fréquente d’antalgiques ou de triptans |
Retour du comptoir
Une patiente venait régulièrement acheter de l’ibuprofène pour ce qu’elle appelait « ses migraines de tous les jours ». En reconstituant son historique d’achats avec elle, nous avons compté plus de 20 jours de prise par mois depuis six mois. Ce n’était plus la migraine initiale qui parlait, c’était le traitement lui même qui entretenait la douleur.
Les causes qui expliquent des crises quotidiennes
Plusieurs mécanismes peuvent, seuls ou combinés, transformer une migraine occasionnelle en douleur de tous les jours.
L’abus médicamenteux la cause la plus souvent oubliée
Selon l’ANSM, le seuil de risque se situe à 10 jours de prise par mois pour les triptans et les opioïdes, et à 15 jours par mois pour les antalgiques simples comme le paracétamol ou les anti inflammatoires. Passé ce seuil, un cercle vicieux s’installe : le médicament censé soulager la douleur finit par l’entretenir. C’est aujourd’hui l’une des causes les plus fréquentes de céphalée quotidienne en pharmacie.
Les facteurs hormonaux
Chez les femmes, les migraines peuvent s’intensifier dans les jours qui précèdent les règles et jusqu’à trois ou quatre jours après leur début, sous l’effet de la chute des œstrogènes. Certaines pilules contraceptives peuvent aggraver la fréquence des crises chez les femmes qui ont une migraine avec aura, ce qui justifie toujours un avis médical avant de choisir une contraception.
Sommeil stress écrans et posture
Un coucher irrégulier, un manque de sommeil chronique et une exposition prolongée aux écrans favorisent les céphalées répétées. Le stress joue un double rôle : il déclenche des crises et la douleur elle même devient, à force, une source de stress supplémentaire.
L’alimentation et les déclencheurs identifiés
Certains aliments et boissons sont régulièrement cités comme déclencheurs chez les personnes sensibles : alcool, notamment le vin rouge, caféine en excès ou en sevrage, chocolat, fromages affinés. Ces déclencheurs varient énormément d’une personne à l’autre, d’où l’intérêt de les noter au fil des crises plutôt que de les deviner.
Une cause dentaire ou ORL plus rare mais réelle
Un problème dentaire comme un abcès, un grincement des dents la nuit ou une dent de sagesse mal positionnée peut entretenir des douleurs de tête quotidiennes. Quand aucune cause classique n’explique la fréquence des crises, un avis dentaire complète utilement le bilan.
Quand consulter sans attendre
Certains signes ne relèvent ni du conseil pharmacien ni de l’attente. Ils imposent une consultation en urgence.
| Signal d’alerte | Conduite à tenir |
|---|---|
| Céphalée brutale et intense en coup de tonnerre | Urgences immédiates |
| Fièvre associée à une raideur de la nuque | Urgences immédiates |
| Trouble neurologique nouveau (parole, vision, force) | Urgences immédiates |
| Premier épisode après 50 ans | Consultation rapide |
| Migraine chez une femme enceinte | Avis médical sans délai |
| Douleur après un traumatisme crânien | Urgences immédiates |
Face à l’un de ces signes, il ne faut jamais attendre ni augmenter seul les doses d’antalgiques. Le réflexe est d’appeler le 15 ou de se rendre aux urgences.
Que faire concrètement
Tenir un calendrier des crises
Noter chaque jour la présence ou l’absence de céphalée, son intensité, le médicament pris et son efficacité permet d’objectiver la fréquence réelle des crises. Ce calendrier, tenu sur un mois, est souvent l’outil qui fait basculer un diagnostic flou vers une prise en charge claire.
Le rôle du pharmacien
En pharmacie, nous sommes bien placés pour repérer un abus médicamenteux à partir de l’historique des achats, même quand le patient n’a pas conscience du problème. Notre rôle est alors d’orienter vers le médecin traitant, avec les repères de fréquence en main, plutôt que de renouveler indéfiniment le même antalgique.
Le traitement de fond une décision médicale
Au delà de 8 jours de migraine par mois, un traitement de fond peut être envisagé avec le médecin généraliste, qui oriente si besoin vers un neurologue. Les options validées incluent le propranolol, le topiramate ou les injections de toxine botulique selon les cas. Les anticorps anti CGRP existent aussi, mais ils ne sont pas remboursés en France et représentent environ 245 euros par injection mensuelle.
Ce qu’il ne faut jamais faire
Augmenter seul les doses d’un antalgique ou cumuler plusieurs médicaments contre la douleur sans avis ne fait qu’aggraver le risque de céphalée par abus médicamenteux. La solution à une douleur qui résiste n’est presque jamais « plus de médicament », c’est presque toujours « le bon avis au bon moment ».
Le bon geste selon votre situation
Si vos céphalées sont là depuis moins de 15 jours ce mois ci, un calendrier des crises et un point avec votre pharmacien suffisent souvent à y voir clair. Si elles dépassent ce seuil depuis plusieurs mois, ou si vous prenez un antalgique presque tous les jours, une consultation médicale s’impose pour rompre le cercle avant qu’il ne s’installe durablement. Et au moindre signe d’alerte listé plus haut, direction les urgences, sans attendre.
